L’amour désiré, mais intolérable : un feu qui brûle trop fort !
- Pierre DeClercq

- 3 janv.
- 4 min de lecture
Au début, ces personnes sont extrêmement investies dans la relation. Elles se montrent passionnées, fusionnelles, et semblent totalement ouvertes à l’intimité. Mais très vite, quelque chose d’invisible mais puissant les rattrape : leur souffrance latente, leur peur du rejet et surtout, leur besoin de contrôle sur la dynamique affective.
Mécanisme inconscient :
Au début, elles voient l’autre comme un sauveur potentiel, celui qui va "réparer" leur souffrance.
Mais dès que l’attachement devient réel, cela réactive leur blessure profonde : celle d’avoir déjà été abandonnées, dévalorisées, ou mal comprises.
Au lieu d’affronter cette peur, elles prennent les devants et sabotent la relation en créant des tensions qui les justifient de prendre du recul.
C’est un paradoxe cruel : elles veulent l’amour, mais elles ne savent pas exister sans souffrance.
Le refus du deuil : une identité construite sur la douleur
Pourquoi ?
Parce que leur douleur est devenue leur boussole identitaire. Si elles font le deuil, alors qui sont-elles sans cette histoire de souffrance ?
Parce que guérir les priverait du levier émotionnel qui leur permet d’attirer l’attention et d’exister dans la relation.
Parce que la souffrance est leur excuse permanente pour justifier leurs comportements destructeurs.
La douleur devient un moyen de fuir l’engagement, tout en gardant l’autre sous emprise émotionnelle.
Le manège de l’entrée et de la sortie dans la relation
Ce va-et-vient entre fusion intense et rejet brutal est typique de ces profils.
ls instaurent un rythme relationnel instable qui leur permet de contrôler le lien sans jamais s’y investir pleinement.
Le cycle toxique :
Phase de séduction et d’idéalisation : "Tu es merveilleux(se), tu es différent(e) des autres, enfin quelqu’un qui me comprend."
Phase de malaise : L’intimité grandit, la dépendance émotionnelle pointe, l’angoisse monte.
Phase d’accusation et de rejet : "Tu m’étouffes, je me sens mal à cause de toi."
Phase de retrait : Elles s’éloignent, accusent l’autre de trop exiger ou d’être responsable de leur mal-être.
Phase de retour (quand l’autre s’éloigne ou qu’elles craignent de perdre leur "terrain émotionnel").
Pourquoi ce cycle est-il maintenu ?
Parce qu’elles ne veulent pas perdre le lien, mais elles veulent garder la main sur la relation.
Parce qu’elles ont besoin de prouver qu’elles ne sont pas dépendantes (alors qu’elles le sont).
Parce qu’elles ne savent exister que dans un schéma de manque et de frustration.
L’autre devient un jouet émotionnel, un miroir dans lequel elles testent sans cesse leur propre valeur.
L’inversion des rôles : la culpabilisation par projection
Tu as parfaitement mis en lumière l’un des leviers manipulateurs de ces personnes : elles projettent sur l’autre ce qu’elles ne veulent pas voir en elles-mêmes et retournent systématiquement la situation à leur avantage.
Exemple typique :
Elles font une remarque blessante, puis se vexent si l’autre réagit :
"Pourquoi tu réagis comme ça ? Moi, je dis ça pour ton bien."
Elles reprochent à l’autre des comportements qu’elles ont elles-mêmes :
"Tu es froid(e), distant(e) !" (alors que c’est elles qui prennent de la distance).
Pourquoi font-elles cela ?
Pour éviter de se remettre en question (car cela les confronterait à leur souffrance non résolue).
Pour garder l’ascendant émotionnel sur la relation.
Pour détruire l’autre en douceur, en lui faisant croire qu’il/elle est la source du problème.
C’est un mécanisme de défense qui leur permet d’exister sans avoir à affronter leurs propres contradictions.
Comment sortir de cette dynamique sans se laisser aspirer ?
Face à ces comportements, l’instinct naturel est d’essayer d’arranger les choses, de rassurer, d’aimer plus fort. C’est un piège.
1. Ne pas compenser leur souffrance à leur place
Elles ne veulent pas aller mieux, elles veulent que leur souffrance légitime leurs comportements.
Ne pas chercher à guérir quelqu’un qui refuse la guérison.
2. Refuser le jeu du "c’est toi le problème"
Elles testeront votre patience, vous feront douter, vous pousseront à prouver que vous n’êtes pas comme "les autres".
Ne jamais entrer dans ce jeu.
3. Observer si elles prennent leurs responsabilités ou non
Une personne qui veut évoluer prend du recul sur son comportement et cherche à comprendre.
Une personne toxique projette et refuse tout questionnement sur elle-même.
4. Fixer des limites claires et constantes
Si elles disparaissent et reviennent : "Je suis là pour des relations stables, pas pour des allers-retours."
Si elles culpabilisent : "Je comprends que tu ressentes cela, mais ce n’est pas ma responsabilité."
5. Accepter qu’elles ne veulent peut-être pas changer
Il faut sauver qui veut être sauvé, et ne pas rester dans l’illusion de pouvoir les transformer.
Leur jeu relationnel ne fonctionne que si l’autre est en attente d’un amour sincère de leur part. Dès que cette attente disparaît, elles perdent leur contrôle.
Conclusion : L’amour impossible d’une âme en lutte contre elle-même
Ces personnes ne sont pas des monstres, elles sont prisonnières de leur propre souffrance, mais cela ne justifie pas la toxicité qu’elles imposent aux autres.
Elles oscillent entre le besoin d’être sauvées et le refus d’être touchées, entre l’envie de connexion et la terreur d’être exposées.
Seule une introspection réelle et un travail thérapeutique sincère pourraient les aider… mais encore faut-il qu’elles acceptent d’y entrer, ce qui est rarement le cas.
Moralité ? L’amour ne suffit pas pour guérir quelqu’un qui refuse la guérison.
Et parfois, la meilleure chose à faire pour soi… c’est de s’éloigner avant d’être soi-même englouti(e) par ce jeu destructeur.





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