Le bovarisme, tel que l’a dépeint Flaubert dans Mme Bovary, est bien l’incarnation de cette femme qui se perd dans ses rêves de grandeur, de romantisme, de luxe et d’émotions extrêmes...
- Pierre DeClercq

- 3 janv.
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Le bovarisme, tel que l’a dépeint Flaubert dans Madame Bovary, est bien l’incarnation de cette femme qui se perd dans ses rêves de grandeur, de romantisme, de luxe et d’émotions extrêmes, au point d’oublier de vivre sa propre vie. Cette déconnexion entre ses aspirations fantasmées et la réalité de son existence devient destructrice.
1. La réalité comme imposition de sa loi
Dans le roman, Emma Bovary est une femme insatisfaite par la banalité de sa vie quotidienne et son mariage avec Charles Bovary, un homme simple et dévoué. Elle se plonge dans les romans romantiques et rêve de passions intenses, de luxe, et d’une vie grandiose. Ces rêveries la détournent de la vie qu’elle mène réellement, la rendant incapable de faire face à la réalité ordinaire et aux compromis qu’elle exige. Au lieu de construire un bonheur réaliste, Emma se laisse emporter par ses illusions, cherchant toujours un ailleurs idéalisé.
Mais, comme tu l’as bien dit, la réalité finit par imposer sa loi :
Ses désirs démesurés la poussent à faire des choix destructeurs, notamment en contractant des dettes massives pour financer un style de vie qu’elle ne peut pas se permettre.
Elle se laisse entraîner dans des relations amoureuses qui ne correspondent en rien à ses attentes romantiques, et où elle finit par être manipulée.
Son incapacité à s’adapter à la banalité de la vie quotidienne crée un gouffre entre elle et son mari, qui ne peut répondre à ses aspirations irréalistes.
2. Le bovarisme : rêver sa vie plutôt que de la vivre
Emma Bovary incarne donc cette fuite permanente vers un idéal qu'elle ne peut atteindre. Au lieu de prendre en main sa vie, de faire des compromis et d’accepter les imperfections inhérentes à l’existence, elle rêve sans cesse de ce qu’elle pourrait être. Mais en refusant de s’ancrer dans la réalité, elle laisse cette dernière la rattraper brutalement.
Le bovarisme représente alors une forme de paralysie existentielle : en rêvant sans cesse de ce qu’elle pourrait avoir, elle est incapable de vivre pleinement le présent. Elle est également incapable d’apprécier les petites joies simples, car elles ne correspondent pas aux attentes grandioses qu’elle s’est forgées.
3. Le retournement de la réalité
La réalité, loin de se plier à ses rêves, finit par imposer ses propres règles :
La spirale d’endettement d’Emma entraîne des conséquences tragiques, avec l’effondrement de son foyer et l’humiliation de son mari.
Ses amants la déçoivent et la rejettent lorsqu’elle devient trop exigeante, détruisant ainsi l’idéal romantique qu’elle poursuivait.
Finalement, acculée par les dettes, l’échec de ses relations et la déception de ses rêves inaccessibles, elle choisit de mettre fin à ses jours, symbolisant l’écrasement de l’illusion par la réalité cruelle.
4. Bovarisme moderne : auto-victimisation et culpabilisation
Ce bovarisme, qui réside dans le fait de rêver sa vie au lieu de la vivre, trouve aujourd'hui une résonance moderne dans des comportements comme l’auto-victimisation ou la culpabilisation de l’entourage. Dans une société où les réseaux sociaux, les films, et la publicité exaltent des vies idéalisées, il est facile pour certaines personnes de tomber dans ce piège de comparaison constante et de déconnexion avec la réalité.
Auto-victimisation : Tout comme Emma Bovary, certaines personnes se posent en victimes des circonstances, des autres ou du monde qui ne répond pas à leurs attentes. Elles refusent de reconnaître leur part de responsabilité dans la gestion de leur vie et leurs choix, blâmant la "dureté" de la réalité.
Culpabilisation de l’entourage : Ces personnes peuvent également projeter leur insatisfaction sur leur entourage, reprochant aux autres de ne pas leur offrir la vie qu’elles estiment mériter. Cela crée des dynamiques relationnelles toxiques, où l’autre est rendu coupable d’un mal-être profond que la personne elle-même ne parvient pas à gérer.
Conclusion :
Le bovarisme, c’est l’incapacité à accepter la vie telle qu’elle est, avec ses imperfections, ses banalités, et ses défis. Plutôt que de faire face à cette réalité et de la construire de manière active, ceux qui souffrent de bovarisme se réfugient dans des rêves inaccessibles. Mais, comme dans Madame Bovary, la réalité finit toujours par imposer sa loi, souvent de manière brutale, lorsque les illusions se brisent.
Cela peut conduire à une vie marquée par l’insatisfaction chronique, la frustration, et parfois la destruction personnelle ou relationnelle. Il est donc crucial de sortir de ce schéma en acceptant la réalité, en vivant pleinement le présent, et en apprenant à apprécier les petits moments de bonheur que la vie, dans toute sa complexité, peut offrir.





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